Epigraphe pour un livre condamné
Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique.
Si tu n'as fait ta rhétorique
Chez Satan, le rusé doyen
Jette ! tu n'y comprendrais rien
Ou tu me croirais hystérique.
Mais si, sans se laisser charmer,
Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m'aimer,
Ame curieuse qui souffre,
Et va, cherchant ton paradis
Plains moi ! ... sinon je te maudis !
-
Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
je suis assise au centre de ma chaise, les jambes parallèles et le dos droit. les mains posées bien à plat sur la table, un sourire kendra® sur les lèvres et l'oeil pétillant mais hypocrite je me noie dans mon fluide spirituel ténébreux.
" Yn y dechreu oedd y tail "
("Au commencement était la merde")
John Cale
Et je n'avais pas assez de poumons pour soupirer autant que je l'aurais voulu.
" Nous avons 20 ans, ou moins encore en ce printemps 75. Mais nous vivons dans le passé.
Le rock, la contre-culture, tout cela a été une fête magnifique, un feu d'artifice...
mais c'est déjà fini. Over. Tout le monde est rentré à la maison. Sauf les morts.
Et tout ce qu'il en reste, du rock, c'est le pire. Les babas honnis ! La queue pelée de la comète.
Nous sommes trop jeunes pour avoir vécu les grandes heures ! Cette frustration, ce sentiment
d'avoir raté le train nous a déjà donné le glam-rock. (...) Mais c'est indéniable: même Bowie
regarde derrière. Alors nous rêvons d'une autre "culture". A inventer. Une culture urbaine,
violente, décadente, wahrolienne. Rock'n'Roll en un mot ! (...) Le rêve hippie s'est englué dans
le communautarisme paysan, les gauchistes ont renoncé et le rock... c'est du jazz-rock désormais !
Ou de la musique progressive. Ou pire encore. Oh, certes, il y a bien la nostalgie fifties qui
envahit tout. On sent que dans l'air, dans la mode, dans les têtes, les temps sont au rétro. Mais
le gros du troupeau, l'air commun que chacun respire, ce n'est pas ça: les hit-parade sont coincés
entre variété molle et rock de dinosaure, la rue dort debout mais plus personne ne rêve. Quand à
nous, avec nos looks à la New-York Dolls et nos lectures de Hubert Selby ou de William Burroughs,
nous avons l'impression délicieuse d'être des foutus rebelles. Ou des maudits. Mais ce ne sont pas
les mots qu'on nous jette à la face dans les rues de Paris. Là, sur le bitume, c'est plutôt: pédé !
Tantouze ! La faute, bien-sûr, aux platform shoes et aux yeux maquillés. Et peut-être aussi au satin
rose moulant. Alors bientôt, nous allons adopter un style - comment dire ? - moins glam-rock, plus
urbain, plus noir, entre velvet junkie et mod. Punk, quoi. "
-
Edito de Telerama (extrait): Les 50ans du rock
Maryn: "Nous n'avons plus ni passé ni avenir, restent les molécules et cette jouissance indigne que l'on éprouve encore à détruire notre présent."
Datch: "Nous n'avons plus ni rêves ni foyer, reste cette opression sourde qui s'éveille quand le soleil décline."
"Tu peux me dire qui je suis ?
Un mec déboussolé par le printemps avec des boyaux d'immortel et qui peut pas s'empêcher de salir le ciel."
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Baal - Bertold Brecht
Spleen
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Ou l'espérance, comme une chauve-souris, s'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lançent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
Et de longs corbillards sans tambours ni musique
défilent lentement dans mon âme; l'espoir,
Vaincu, pleure, et l'angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
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Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
Perdue dans mon imperméable et dans quelques pensées, comme c'est drôle dans le sable toutes ces traces de souliers, comme je sais pas ce que je vais foutre de ma longue soirée.
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Lynda Lemay
Mais la nuit est à nous, on l'a apprivoisée
Une épingle à nourrice comme un joyau sacré
Dérisoire comme la vie, sans valeur comme l'avenir
Grattes assassinent l'ennui et bâtissent des idées
Arrache quelque chose de soi-même, pour soi-même
Et la nuit est à nous, on lèa apprivoisée.
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Haine Brigade - Solitude Urbaine
"Le monde pleure, mais gardez le sourire"
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Damien Saez
Le cri des yeux
"J'aimerais savoir ce qui me râcle comme ça les sens,
Pourquoi les cartes se brouillent-elles en substance,
Comment serait-il embusqué dans mes veines
A chaque pas, tremblant ou droit, on me l'assène.
Je te vois:
Ta bouche est cerclée de noir au dehors, au dedans
Même si tu cries imitant le pire des orages
Tu aspires à la lumière silencieusement
Car seul le secret sied à pareil ouvrage
Mais personne n'entends le silence dans le cri
Moi si
Je t'entends:
Tes yeux se perdent dans les coins et roulent furieux
Cherchant une issue, prétendant se grimer
Tu quitterais bien le bruit ce drôle de jeu
Car seul le noir permet de ne pas se paumer
Mais personne ne s'aveugle pour trouver la sortie
Moi si
Je te sens:
Ta peau se devine entre blanche et bleutée
Aussi teintée de marques et de combats tracée
Tu suivrais bien cette odeur de sainteté
Car seul les outrages t'aident à te cacher
Personne ne vois la nudité dont tu te vêtis
Moi si
Chaque cri est un noyau de pure remontrance
Chaque perle de mot noyé, une souffrance,
Les images et les sons dissociés ne suffisent pas
A ordonner ce qui n'a pas d'emprise sur toi et moi."
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Neige à Tokyo
Craindre dormir,
Craindre peut-être
De n'avoir fait que te rêver.
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Louis Aragon - Les Yeux D'Elsa
L'ennemi
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage
Traversé ça et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j'ai touché l'automne des idées
Et qu'il faut employer la pelle et les rateaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées
Ou l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
Ô douleur, ô douleur,
Le temps mange la vie
Et l'obscur ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
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Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
"Le vide, on ne peut pas le décrire. Juste ses effets. Me raccrocher à ma vie de con. Impuissance. Envie de passé. Tout recommencer, éviter les erreurs, quelles erreurs ? Voué au vide ? Ecrit. Destin. Et toutes ces conneries. Le moindre geste est pesant. Les yeux rivés au sol. L'indifférence à tout. Haïr les objets. Se distraire, prendre un bouquin, regarder un film, sursis pendant une heure ou deux, puis replonger. Tourner dans Paris, tourner sans but. Ces facades immuables qui abritent tant d'amours bon marché, ces existances grouillantes qui me dégoutent. Nous... quelque part, quelqu'un vit sans moi."
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Lolita Pille - Hell
"Peu lui importait comment cela finirait, dans ses moments de lucidité, il surestimait son indifférence."
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Anonyme
Puisque il n'y a plus de dieux, plus de bien ni de mal,
Puisque il n'y a plus d'idéologies, plus de rêves auxquels croire,
Puisque il n'y a plus que les ruines d'une richesse lointaine,
Puisque cette étoile est laide, et puisque je suis seul;
Si les êtres ne peuvent m'aider,
Je prie.
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Damien Saez
Naïveté se prenant pour une décadence, splendeur des années 80.
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Virginie Despentes
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